Schizophrénie: maladie physique
par Théona Saint Laurent
Table des matières

INTRODUCTION

DÉFINITION

ORIGINE NEURO-DÉVELOPPEMENTALE

ORIGINE GÉNÉTIQUE

PROTÉINE

CYCLE DE LA DOPAMINE

NEUROTRANSMETTEURS
-
Système dopaminergique

MÉDICAMENTS
-
Neuroleptiques (clozaril, risperdal, seroquel)

IMAGERIE MÉDICALE
-
Imagerie de la structure du cerveau: Tomodensitométrie, CT Scan – Imagerie par résonance magnétique, IRM
-
Imagerie du cerveau en fonction: Tomographie à positons, TEP – Tomoscintigraphie, SPECT - Spectroscopie par résonance magnétique nucléaire, SRMN – Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, IRMF – Magnéto encéphalographie, MEG

IMAGERIE STRUCTURALE, IMAGERIE FONCTIONNELLE, NEUROTRANSMETTEURS ET MÉDICAMENTS

DIMENSIONS CLINIQUES

CONCLUSION

GLOSSAIRE

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

RÉSUMÉ




Schizophrénie: maladie physique
Introduction

La schizophrénie, vue du côté physique de la maladie, est ici définie pour aider la personne atteinte de cette maladie à comprendre les mécanismes à l'intérieur de son cerveau qui sont reponsables de ses émotions, de son agressivité. L'étude de diverses structures du cerveau en action, la connaissance de la relation entre la biochimie des neurotransmetteurs et ses répercussions directes sur la pensée ont pour fin de représenter la maladie d'une façon tangible (qu'on peut constater) et de ce fait de diminuer la culpabilité de la personne.

Les explications du coté physique de la maladie permettent de mettre en images le mode de fonction de la schizophrénie et de compendre ses répercussions psychiques.

Enfin la personne atteinte de cette pathologie pourra réaliser que son comportement agressif (s'il y a lieu), son manque de jugement et autres symptômes psychiques ne dépendent pas de sa volonté mais en gros d'un excès de neurotransmetteurs, la dopamine entre autres.

Le coté physique avec ses répercussions tant psychiques que sociales est souligné par une brève définition du tube neuronal, des neurotransmetteurs, de l'imagerie médicale cérébrale et des médicaments.

Cet écrit étudie le processus qui met en liaison les neurones entre eux à l'aide de substance chimique existant dans le cerveau: les neurotransmetteurs.

Le circuit de la dopamine à travers les synapses, les récepteurs, est indispensable à la pensée, au jugement et autres fonctions cognitives.

L'imagerie médicale est montrée tant sous son aspect de la structure que sous son aspect de la fonction.

L'imagerie de la structure expose la manière dont les parties du cerveau peuvent être vues sur tout les plans tant verticaux, qu'horizontaux, en mince coupe et en 3 dimensions. On y voit les changements de la structure du cerveau de la personne atteinte de schizophrénie d'avec les images de cerveau témoin.

L'imagerie de la fonction étudie les changements dans la circulation sanguine, le rétrécissement de certaines parties du cerveau, soit en fonction (test cognitif), soit au repos (sans activité spéciale).

Elle démontre aussi l'effet des médicaments et son action sur ces mêmes phénomènes.

L'origine probable de la schizophrénie, le circuit de la dopamine, l'imagerie médicale, la médication, apporte la preuve que les problèmes psychologiques et sociaux de la personne atteinte de schizophrénie est relié directement à ces facteurs.


Schizophrénie: maladie physique
Définition

La schizophrénie est une maladie du système nerveux central touchant les récepteurs des neurones, la biochmie des neurotransmetteurs, l'anatomie des ventricules et la maturation du tube neuronal. Elle atteint par extension le fonctionnement physiologique du cerveau.

Le dysfonctionnement des récepteurs, le défaut de synthèse de la dopamine, et la mauvaise transmission des neurotransmetteurs sont quelques-unes des causes de la schizophrénie.


Schizophrénie: maladie physique
Origine neuro-développementale

La schizophrénie se manifeste à la fin de la maturation du cerveau et exprime un déficit de développement du système nerveux central.

À partir de l'embryon, le tube neuronal va donner la totalité du système nerveux central et le renflement de son extrémité donnera le cerveau qui sera arrivé à maturité avant l'âge adulte.

Puisque les troubles schizophréniques débutent à l'adolescence, les systèmes cérébraux impliqués dans la schizophrénie ne sont pas matures jusqu'à cette période. Le cortex pré-frontal, dorso-latéral région maturant au cours de la puberté, est impliqué dans des fonctions cognitives se mettant en place durant l'adolescence.


Schizophrénie: maladie physique
Origine génétique

Les études des familles montrent l'existence d'une concentration familiale de la schizophrénie. Quatre localisations de gènes de la schizophrénie sur l'ensemble de la carte génétique ont été établies sur les chromosomes 6p, 22q, 8p et 3p. Il est donc peu probable qu'un gène majeur explique la majorité des cas de schizophrénie.

Les familles dont un membre est schizophrène ont un risque plus élevé d'être atteintes à la fois d'un large éventail de troubles psychotiques et de certains troubles de la personnalité.


Schizophrénie: maladie physique
Protéine

On peut voir des protéines si en se touchant le coin de l'oeil on étire un long filament mince, étroit transparent d'environ 1 pouce (± 2,5 cm). Ce miniscule fil sortant de l'oeil est une protéine. En comparaison, dans un mot, chaque lettre pourrait être comparée à un acide aminé different et chaque mot serait une protéine différente.

La plupart des protéines sont absorbées sous forme d'acides aminés. Environ la moitié des acides aminés ainsi absorbés sont présents dans les aliments, tandis que l'autre moitié provient des protéines des sucs digestifs et des cellules mortes qui se détachent de la surface de la muqueuse.

Toutes les phases chimiques et mécaniques de la digestion, depuis la bouche jusqu'à l'intestin grêle, servent à transformer la nourriture en composés capables de pénétrer dans les vaisseaux sanguins. Ces acides aminés sont modifiés et se rendent au cerveau comme amines. Les amines présents dans l'encéphale sont la noradrénaline, l'adrénaline, la dopamine, la sérotonine et l'histamine.

Le cerveau contient environ 50 substances qui sont reconnues comme neurotransmetteurs ou pourraient l'être. Le tableau suivant en présente certains.

NEUROTRANSMETTEURS ET NEUROMODULATEURS CONNUS ET PROBABLES
ACÉTYLCHOLINE (ACh)
ACIDES AMINÉS
Aspartame
Acide gamma aminobutyrique (GABA)
Glutamate
Glycine
AMINES BIOGÈNES
Dopamine (DA)
Adrénaline
Histamine
Noradrénaline
Sérotonine
NEUROPEPTIDES (a)
Angiotensine II
Hormone antidiurétique (vassopressine)
Facteur natriurétique auriculaire (FNA)
Bombésine
Cholécystokinine
Corticostimuline
Dynorphines
Endorphines
Enképhalines
Gastrine
Glucagon
Hormones régulatrices de l'hypothalamus
Inhibine
Mélatonine
Motiline
Neuropeptide Y
Neurotensine
Ocytocine
Sécrétine
Substance P
Polypeptide intestinal vasoactif (VIP)
(a) Plusieurs d'entre eux sont aussi des hormones libérées par des tissus situés à l'extérieur du cerveau.



Schizophrénie: maladie physique
Cycle de la dopamine

C'est au niveau des récepteurs du neurone que se produit et se forme la dopamine. Avant la dopamine, il y a la L.-phenylalanine et ensuite directement la L.-tyrosine, soit le précurseur de la dopamine.

Ces acides aminés apportés par l'alimentation arrivent au cerveau en passant par la barrière “hémato-encéphalique” (circuit sanguin de l'encéphale; les artères).

C'est au niveau des récepteurs de l'amine que l'activité se porte.

La dopamine est libérée par le neurone amont (A-1). Sa liaison avec un récepteur spécifique du neurone aval (A-2) induit l'émission d'un message. La dopamine est ensuite éliminée grâce à un transporteur (A-3).

Chez les schizophrènes, tout se passe comme si les messages transmis par la dopamine subissaient une amplification:

- soit à cause d'un excès de dopamine (B),

- soit en raison d'un excès de récepteurs (C),

- soit en conséquence d'une diminution de l'élimination de la dopamine par le transporteur (D), ce qui prolonge l'action du neuromédiateur.

C'est en bloquant les récepteurs de la dopamine (E-4) que les neuroleptiques diminuent les symptômes de la schizophrénie.



Images tirées de: Fondation pour la recherche médicale, numéro 93, janvier 2003, p. 11





Schizophrénie: maladie physique
Neurotransmetteurs

Le système nerveux central est fait d'une infinité de circuits, il rassemble quelques milliards de neurones connectés les uns aux autres par plusieurs centaines de neurotransmetteurs. Réussir à isoler la dopamine dans ces circuits et parmi tous les autres neurotransmetteurs constitue le support des principaux progrès dans le traitement de la schizophrénie.

Dans le liquide céphalo-rachidien on peut doser la dopamine présente dans le cerveau. Cette dopamine permet de moduler le fonctionnement du cerveau. Les traitements efficaces de la schizophrénie consistent à bloquer les récepteurs de la dopamine. Ces médicaments, les anti-dopaminergiques, aussi appelés anti-psychotiques, arrêtent l'hyperactivité de la dopamine.

Il y a d'autres facteurs de transmission que la dopamine: il s'agit de neurotransmetteurs tels que le glutamate (sel), le glucose (sucre), la sérotonine, etc. Comme la dopamine, ils sont présents au niveau de nombreuses structures nerveuses comme le noyau caudé, le putamen, le globus palidus et la substance noire (voir illustration ci-dessous).

La dopamine joue le rôle de médiateur; elle sert d'intermédiaire, de conduction nerveuse et transmet le message d'un neurone à l'autre. La dopamine intervient dans les réaction émotives.


Image tirée de: “Principes d'anatomie et de physiologie” par J.-C. Parent.



Système dopaminergique:

Le système dopaminergique est un système de neurones contenant de la dopamine. Il y a 5 systèmes dopaminergiques connus:

1- Le système rétinien: cellules dopaminergiques présentes dans la rétine.

2- Le système infundibulo-tubérien: ce système appartenant à l'hypothalamus contrôle certaines sécrétions hormonales.

3- Le système méso-cortical du mésencéphale envoie des axones au cortex frontal.

4- Le système méso-limbique joue un rôle important dans le contrôle de la vie émotionnelle et son fonctionnement est perturbé au cours de certaines psychoses.

5- Le système nigro-strié est impliqué dans le contrôle du mouvement.

L'existence d'autres systèmes dopaminergiques dans le système nerveux est probable.

Il existe d'autres neurotransmetteurs aminés en activité dans le cerveau: sérotonine, acétylcholine, adrénaline, noradrénaline, histamine, etc. (voir tableau précedent de Neurotransmetteurs et neuromodulateurs connus et probable).


Schizophrénie: maladie physique
Médicaments

Neuroleptiques:

Les neuroleptiques, aussi appelés anti-psychotiques, tranquillisants majeurs, psychotropes, anti-dopaminergiques, sont des antagonistes qui s'opposent entre autres aux récepteurs D2 de la dopamine 2 et D1 de la dopamine 1.

Dans la transmission d'un autre neurotransmetteur, le glutamate, qui est un excitateur du système nerveux central, on observe des diminutions de concentration de ce même glutamate dans le cortex pré-frontal et l'hippocampe de personnes schizophrènes.

D'autres systèmes plus clairement en cause sont les systèmes méso-limbique et méso-cortical. L'hyperactivité de ces systèmes pourrait expliquer les manifestations productives de la schizophrénie, en relation avec une stimulation excessive des récepteurs D2, D4 et D1.

L'effet des neuroleptiques sur le comportement provient donc de leur faculté de diminuer ou d'augmenter la connexion entre les neurones et, par conséquent, de modifier la transmission chimique entre neurones.


TABLEAU – PROFILS DE LIAISON AUX RÉCEPTEURS DE QUELQUES NEUROLEPTIQUES DE RÉFÉRENCE (ANTAGONISTES D2) ET D'UN ANTAGONISTE D1
Ki (nM)
D1
D2
5-HT2 a1 a2 H1 musc.
Pimozide 4025 1,2 6 39 >1000 >1000 7330
Halopéridol 260 1,5 25 11 >1000 590 4400
Fluphénazine 29 1,9 3,5 9,3 1062 8,5 >1000
Rispéridone 530 3,1 0,16 0,8 7,5 2,2 >1000
Trifluopérazine 41 4,3 8,7 27 >1000 11 2320
Penfluridol 240 11 52 363 >1000 >1000 >1000
Chlorpro-thixène 12 12 0,32 1,3 90 1,9 74
Thoridazine 102 16 4,2 4 825 11 69
Chlorpromazine 113 19 2,7 2,1 2235 2 156
Sulpiride >1000 31 1400 >1000 >1000 >1000 >1000
Pipampérone 2450 98 1 70 533 >1000 >1000
Clozapine 570 152 3,3 10 159 0,76 33
SCH 23390 1,1 468 5,3 751 1120 572 >1000
Les constantes d'inhibition (Ki) des composés pour les récepteurs.


La rispéridone bloque les récepteurs de la sérotonine 5-HT2, (0,16), de la dopamine D2 (3,1) et de la dopamine D1 (530). Donc moins de dopamine en circulation dans le cerveau. Des effets similaires sont constatés avec la Clozapine qui bloque les récepteurs de la dopamine D1 (570) et D2 (152) et arrête ainsi l'hyperactivité de la dopamine dans le cerveau. Le but du traitement est de freiner la transmission de la dopamine.

Voici quelques neuroleptiques approuvés au Canada:

Clozaril (clozapine)

Le clozaril se lie au récepteurs de la dopamine. La clozapine exerce une puissante activité anticholinergique, adrenolytique, anti-histaminique et anti-sérotoninergique. La clozapine a un profil de liaison aux récepteurs de la dopamine et a des effets sur divers comportements influencés par la dopamine. Elle améliore les symptômes tant productifs (positifs) que déficitaires (négatifs). Ce médicament bloque les récepteurs postsynaptiques, arrêtant ainsi efficacement la transmission de la dopamine.

Risperdal (risperidone)

La rispéridone se fixe sur les récepteurs de la sérotonine et de la dopamine D2. De plus, elle se fixe avec une forte affinité sur les récepteurs de la sérotonine 2 (5HT2) et de la dopamine D2. Elle bloque donc les récepteurs de la sérotonine de type 2 (5HT2) et de la dopamine. Des essais cliniques contrôlés ont démontré que Risperdal améliorait à la fois les symptômes positifs et les symptômes negatifs de la schizophrénie.

Seroquel (quitiapine)

Le seroquel est un neuroleptique qui agit sur plusieurs récepteurs dans le cerveau: la sérotonine, la dopamine D1 et D2. Le seroquel est plutôt efficace à court terme (6 semaines).

Il existe d'autres médicaments ayant un effet sur les récepteurs de la dopamine, de la sérotonine et d'autres neurotransmetteurs:
- Zyprexa
- Olanzapine
- Geodon
- Zepradisone
- Abilify
- Aripiprazole, etc.

En résumé, certaines maladies comme la schizophrénie résultent d'une augmentation de la communication entre les neurones cérébraux causée par la suractivité du composé chimique appelé dopamine. Ce dernier perturbe les processus mentaux et, par ricochet, les comportements.

La dopamine se lie aux récepteurs des neurones, et s'il y a trop de dopamine pour quelques raisons que ce soit, les troubles psychotiques apparaissent. Les neuroleptiques (médicaments) réduisent la transmission des signaux nerveux en se liant à ces récepteurs. Ils insensibilisent les neurones à la dopamine et font disparaître les symptômes causés par la trop grande quantité de dopamine au cerveau.

Si les symptômes disparaissent, le sujet traité ne doit pas interrompre sa médication, car c'est l'action des médicaments qui permet de contrôler les symptômes.


Schizophrénie: maladie physique
Imagerie médicale

L'imagerie médicale comprend la microscopie, l'endoscopie et la radiologie. L'image peut être analysée (numérisée) et traitée par ordinateur, imprimée sur un film ou projetée sur un écran, enregistrée en vidéo, ou transmise directement à distance. La radiologie, au sens strict, utilise soit le rayon X sur écran (radioscopie), en coupe (tomographie), ou avec traitement par ordinateur (scanner) ou le rayon gamma radioactif (scintigraphie). Au sens large s'y ajoutent les ultrasons (échographie) et les champs magnétiques (IRM).

L'apparition de l'imagerie cérébrale fonctionnelle au cours des années 80 a ouvert la voie à de nouvelles descriptions neurofonctionnelles des activités psychiques. Ces techniques, en quelque sorte des photos prises du cerveau en fonction, c'est-à-dire au moment même où la personne pense, calcule, planifie ou exécute certains tests, sont reproduites en images. Ces méthodes d'activation cérébrale comme la planification, la programmation d'une action, reposent sur l'activité des régions du lobe frontal et du lobe pariétal. Il existe des liens entre certains symptômes et certaines régions cérébrales, étudiées par l'imagerie structurale (l'image “de coupe” de l'anatomie du cerveau).

Imagerie de la structure du cerveau

Les techniques d'imagerie de la structure cérébrale sont des méthodes d'examen médical qui aboutissent à la création d'images.

Par exemple, la tomodensitométrie est un procédé d'imagerie médicale qui permet d'obtenir des vues d'un organe selon des plans de coupe déterminés à l'aide d'un scanner numérisant l'image.

Quant à l'imagerie par résonance magnétique ou résonance magnétique (IRM), elle permet d'observer la structure anatomique des organes analysés avec plus de détails que le scanner.

Ces techniques illustrent la structure et l'anatomie du cerveau.

La tomodensitométrie (CT SCAN) et la résonance magnétique nucléaire (IRM) sont des moyens précieux pour le diagnostic différentiel des pathologies organiques cérébrales se révélant par des symptômes psychiatriques.

Ces méthodes sont également appliquées depuis une quinzaine d'années à la recherche de modifications discrètes de l'anatomie cérébrale macroscopique au cours des psychoses schizophréniques.

L'imagerie de la structure cérébrale a révélé des altérations anatomiques dans une proportion significative de patients, altérations interprétées comme l'indice d'une modification de la maturation cérébrale et en lien avec la physiopathologie des troubles.

Des élargissements ventriculaires ont été traduits en images chez de nombreux schizophrènes par CT SCAN.

L'imagerie par résonance magnétique (IRM) montre que la structure cérébrale de certains schizophrènes diffère de celle de personnes non atteintes. Environ un tiers des patients présentent des ventricules (petits espaces dans le cerveau par lesquels le liquide cephalo-rachidien circule) hypertrophiés (augmentation du volume)

Imagerie du cerveau en fonction

La recherche et la mise en évidence de modifications du fonctionnement cérébral régional reposent sur l'application de techniques complémentaires d'imagerie cérébrale fonctionnelle. Ces images montrent aussi la présence d'éléments chimiques: la dopamine, le glucose, l'oxygène, etc.

Ces techniques sont:

1- Tomographie à positons (TEP)

2- Tomoscintigraphie (SPECT)

3- Spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (SRMN)

4- Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF)

5- Magnéto-encéphalographie (MEG)

L'imagerie fonctionnelle permet de mieux étudier et de comprendre les 3 groupes de symptômes de la schizophrénie:

i) troubles du langage

ii) troubles des fonctions cognitives

iii) troubles de l'affectivité.

1 Tomographie à positons - TEP

On appelle tomographie tout procédé d'imagerie médicale qui permet d'obtenir des vues d'un organe selon des plans de coupe déterminés. La tomographie par émissions (de positons) est une technique d'imagerie médicale consistant à injecter une substance radioactive, émettrice surtout de positons, à recueillir les rayonnements par un capteur externe et à reconstruire par ordinateur une image en coupe de l'organe. La tomographie par émission de positons (TEP) permet de mesurer la consommation de sucre (glucose) ou d'oxygène et aussi de mesurer la circulation sanguine dans chacune des régions du cerveau de la personne examinée. La TEP illustre la pensée. Cette tomographie par émission de positons (TEP) permet une étude fonctionnelle aussi bien physiologique que biochimique du cerveau d'une personne vivante. On “voit” directement la consommation de glucose et donc le nombre de récepteurs de la dopamine actifs dans les structures du cerveau. La TEP permet de voir les endroits ou les molécules marquées à l'O2, comme les récepteurs et les neurotransmetteurs, se trouvent dans le cerveau.

2 Tomoscintigraphie – SPECT

La scintigraphie est un procédé qui consiste à administrer une substance radioactive, puis à repérer, grâce à un détecteur, les rayons gamma qu'elle émet vers l'extérieur.

La gammagraphie est une méthode de diagnostic qui permet de déceler les états pathologiques de certains organes en appliquant le principe des molécules marquées. En pratique courante, on utilise le terme scintigraphie. La gammagraphie est plus précise comme image que le rayon X.

La SPECT (Single Photon Emission Computerized Tomography) (en francais tomographie par émission de photons ou de gammas) est une méthode médicale de diagnostic consistant à introduire dans l'organisme un traceur radioactif et à étudier, avec un détecteur à scintillation (fluctuation rapide de l'intensité, de la vitesse, de la fréquence), la répartition de la radioactivité suivant une coupe de l'organe étudié.

La tomographie par émission de simple photons (SPECT) permet de mesurer le débit sanguin régional et de voir les sites récepteurs ou les transporteurs de la dopamine, de la sérotonine et d'autres neurotransmetteurs.


Images tirées de: "Le cerveau en action" de S. Dehaene

3. Spectroscopie par résonance magnétique nucléaire - SRMN

Le spectrographe est un appareil servant à enregistrer les spectres (spectro: image) lumineux sur une plaque photographique.

La spectroscopie est l'ensemble des méthodes et des techniques d'étude des rayonnements émis par une substance.

La SRMN permet la mesure d'éléments chimiques présents en grande quantité dans le cerveau.

4. L'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle - IRMF

L'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle permet de voir les variations des vaisseaux sanguins du cerveau, et de mesurer le débit, le volume et l'oxygénation durant une activité mentale de la personne. Chez certains schizophrènes on constate une réduction du débit sanguin aux lobes frontaux, ainsi qu'une réduction de l'utilisation du glucose dans la même région. L'IRMF a permis d'observer que les régions impliquées dans l'intégration des émotions sont proches de celles impliquées dans les fonctions cognitives et qu'il existe des relations étroites et inverses entre ces régions: une charge affective trop intense perturberait le fonctionnement des régions intervenant dans le contrôle des fonctions cognitives. Enfin, il a été possible d'observer des régions activées au moment même où des hallucinations survenaient.



Images tirées de: "Le cerveau en action" de S. Dehaene

5. Electro et magnéto encéphalo-graphie - MEG

L'électromagnétisme est une partie de la physique qui étudie les relations entre électricité et magnétisme.

L'électro et magnéto-encéphalographie (MEG) permet l'enregistrement des activités biochimiques et électriques du cerveau, celui-ci étant le siège de ces activités.

Ces technologies (TEP, SPECT, SRMN, IRMF, MEG) permettent de rechercher la manière dont les maladies mentales les plus graves (schizophrénie, syndrome dépressif endogène, autisme) s'incarnent dans des modifications du fonctionnement cérébral.

Les images indiquent que des modifications du fonctionnement régional cérébral existent au cours des états psychotiques.

Les hypothèses suivantes ont été avancées quant aux régions cérébrales impliquées dans les psychoses schizophréniques:
-
réduction globale du métabolisme
-
réduction du métabolisme frontal
-
modification du métabolisme des cortex associatifs postérieurs, c'est-à-dire pariétaux et temporaux.

Les techniques d'imagerie fonctionnelle peuvent également fournir des informations sur les interactions des psychotropes avec certains systèmes de neurotransmission.




La tomographie à positons (TEP) permet des mesures au niveau des récepteurs de certains neurotransmetteurs, en particulier ceux de la dopamine, qui sont impliqués dans les états schizophréniques. L'évaluation in vivo du comportement des psychotropes dans le système nerveux central est un autre domaine d'application des techniques d'imagerie fonctionnelle. Dans le domaine de la médication des schizophrènes, les récepteurs dopaminergiques D2 ont été considérés comme le site de l'effet anti-psychotique des neuroleptiques. Il y a une nette corrélation entre l'affinité des neuroleptiques pour ces récepteurs et leur pouvoir anti-psychotique. Une relation est établie entre la dose orale et l'occupation des récepteurs D2. Les caractéristiques de la relation entre la dose de neuroleptiques administrée et l'occupation des récepteurs D2 montrent qu'à faibles doses de petites variations de posologie induisent d'importantes variations de l'occupation des récepteurs. Les neuroleptiques (comme le rispéridone, la clozapine, l'olanzapine et la quetapine actuellement vendu au Canada) sont les seuls médicaments ayant fait la preuve d'une efficacité thérapeutique dans la schizophrénie. L'effet anti-psychotique est secondaire à la diminution de la transmission de la dopamine déclenchée par les neuroleptiques. Les neuroleptiques interagissent aussi avec les récepteurs de la sérotonine et d'autres neurotransmetteurs.




Schizophrénie: maladie physique
Dimensions cliniques

Pour tester l'hypothèse selon laquelle la schizophrénie comporte plusieurs dimensions cliniques, on observe des symptômes se regroupant en 3 syndromes.

1Le syndrome de “distorsion de la réalité”: le comportement, les délires et les hallucinations sont en rapport avec un dysfonctionnement temporal.

2Le “syndrome de désorganisation”: les troubles de la pensée et les affects inappropriés sont associés à une altération du contrôle de l'action et à un dysfonctionnement orbito-frontal.

3Le “syndrome de “l'appauvrissement psychomoteur”: la réduction du discours et des mouvements spontanés, et l'émoussement des émotions, sont associés à une altération dans l'initiation de l'action et à un dysfonctionnement préfrontal gauche.

On observe chez les schizophrènes présentant une activité hallucinatoire acoustico-visuelle en tomoscintigraphie pendant une exacerbation aiguë des troubles, puis lors d'une phase de rémission, que le débit sanguin est plus élevé dans la région frontale gauche inférieure. Cette région est également activée lors de la production du discours intérieur.




Schizophrénie: maladie physique
Conclusion

L'imagerie cérébrale, tant structurale que fonctionnelle, apporte à la psychiatrie des moyens de recherche objectifs dans les domaines des maladies physiques graves et chroniques du cerveau. Elle permet également l'évaluation des mécanismes d'action des médicaments psychotropes. Le présent document apporte des informations concrètes sur la structure et le fonctionnement du cerveau de la personne atteinte de schizophrénie. Par exemple, on peut constater l'effet de l'excès de dopamine sur les comportements agressifs de même que la réponse des médicaments en tant que barrage au niveau des récepteurs et la dimunition de l'agressivité qui s'ensuit. Ce blocage par la médication, capable d'arrêter le flot de la dopamine dans les cas de schizophénie, est en opposition avec l'effet contraire: le manque de dopamine dans la maladie de Parkinson. L'imagerie cérébrale permet de “voir” les systèmes du cerveau de la pensée normale et pathologique. La structure du cerveau de l'être humain et la construction de sa pensée ne font qu'un.

La plupart des informations contenues dans ce document, surtout en ce qui a trait à tous les types d'imagerie cérébrale provient du livre “Le cerveau en action” de Stanislas Dehaene (Annexe 1). D'autres informations sont tirées d'extraits provenant de livres, revues et articles pris sur internet et traitant du sujet. S'ils ne sont pas cités dans cet ouvrage de vulgarisation c'est pour en alléger le texte.

Théona Saint Laurent




Schizophrénie: maladie physique
Glossaire

TERME
DÉFINITION
Acides aminés Qui renferment une fonction acide et une fonction amine. Constituants importants des protéines. Les acides aminés glutamate et aspartate sont des neurotransmetteurs excitateurs de l'encéphale. L'acide gamma-aminobutyrique (GABA) est le neurotransmetteur inhibiteur le plus répandu de l'encéphale.
Amine Composé organique dérivant de l'ammoniac. Parmi les amines biogènes dans l'encéphale on trouve: la noradrénaline, l'adrénaline, la dopamine, la sérotonine et l'histamine.
Ammoniac Gaz à odeur piquante, issu à l'état naturel de la décomposition des matières organiques azotées (présent dans l'urine, entre autres).
Antagonisme Ici, opposition entre les actions de deux substances chimiques, de deux médicaments.
Anti-dopaminergique Qui est contre le système de dopamine
antagoniste, qui s'oppose, qui est contraire, qui a une action contraire.
Cérébrale Qui a rapport au cerveau.
Cognition (connaissance) Ensemble des grandes fonctions permettant à l'organisme d'interagir avec le milieu (mémoire, perception, intelligence, etc.).
Cortex Partie externe, périphérique, le cortex; l'écorce cérébrale.
Dopamine Amine précurseur (en avant) de la noradrénaline, indispensable à l'activité normale du cerveau. On estime que la dopamine intervient dans les réactions émotives.
Dopaminergique Relatif à la dopamine, qui dépend, qui se rapporte à la dopamine.
Gélatine Protéine ayant l'aspect d'une gelée.
Glucides Élements qui jouent dans l'organisme un rôle énergétique.
Glucose Glucide répandu dans la nature (miel, raisin, amidon), source énergétique essentielle de l'organisme.
Glutamate Sel de l'acide glutamique (acide aminé neuromédiateur) utilsé pour saler, en cuisine chinoise tel que “Accent”.
Glycémie Glucose mis en réserve dans le foie.
La normale du glucose dans le sang est de 4 à 6.
Imagerie cérébrale Techniques d'examen médical permettant d'obtenir des images à partir de différents types de rayonnement.
Infundibulum Partie du corps en forme de tunnel ou voie de passage de certains organes.
Médiateur chimique Substance libérée par les fibres nerveuses et produisant un effet sur les cellules voisines.
Neur(o)- Élément du grec “nerf”.
Neurone Cellule de base du tissu nerveux, capable de recevoir, d'analyser et de produire des informations. La partie principale, ou corps cellulaire du neurone, est munie de prolongements, les dendrites, et l'axone.
Neuroleptique Se dit des medicaments qui exercent une action calmante globale sur le système nerveux.
Neuropeptides Enchaînement de plusieurs acides aminés différents. Les neuropeptides sont capables d'amplifier ou de réduire – en bref, de moduler – l'activité des neurotransmetteurs.
Neurotransmetteur Substance libérée par les terminaisons des neurones et qui assure chimiquement la transmission de l'influx nerveux. Les neurotransmetteurs derivent de la modification biochimique de la molécule d'un seul acide aminé.
Précurseur Éclaireur, annonciateur, celui qui arrive avant l'autre. Celui qui annonce la venue d'un autre: Saint Jean Baptiste, précurseur du Christ. En biochimie, substance dont dérivent une ou plusieurs substances (sécrétions) par transformations biochimiques. Exemple: la dopamine est précurseur de la mélanine.
Protéines Les protéines sont des molécules géantes et complexes formées à partir de plus petites molécules appelées acides aminés. Il y a vingt acides aminés présents dans les protéines. En comparaison, les acides aminés sont des lettres et les protéines des mots.
Psychotrope Substance chimique (alcool, médicament, drogue) qui agit sur le psychisme (qui concerne la vie de l'esprit).
Récepteurs Protéines incluses dans la membrane du neurone post-synaptique. Ces protéines présentent une structure qui s'adapte avec précision au neurotransmetteur.
Sérotonine La sérotonine, comme la dopamine, est fabriquée à l'intérieur du cerveau. La sérotonine provoque une stimulation de l'activité cérébrale alors qu'une déficience produit un effet dépresseur.
Synapse De sysnapsis (grec) “liaison, point de jonction”. Région de contact, de rapprochement, entre deux neurones assurant la transmission des messages de l'un à l'autre.
Tyrosine Acide aminé cyclique, précurseur de la mélanine et qu'on trouve dans les protéines. Très répandu dans la nature (graines de céréales, pommes de terre, fruits mûrs), la tyrosine est aussi un précurseur direct de la noradrénaline et de l'adrénaline.

La tyrosine est également la précurseur de la dopamine.

La mélanine, pigment de la peau et des cheveux, provient de la tyrosine et de son produit, la dopamine.




Schizophrénie: maladie physique
Références bibliographiques


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17 Bougerol, T. (1997), Médecine-Science, Flamarion.

18 Parent, J.-C. (1994), Principes d'anatomie et de physiologie, Centre éducatif et cultural (CEC).




Schizophrénie: maladie physique
Résumé

Quand la schizophrénie habite le cerveau humain, elle s'installe pour toujours.

Elle infiltre les moindres neurones, s'établit dans les structures anatomiques, se répand dans la chimie des transmetteurs, harcèle la personne, la dévaste, la détruit.

Il s'ensuit une série de transformations de tout son être. La schizophrénie gère les humeurs, commande les attitudes, anéantit les espoirs, accapare la pensée et fige les émotions. le désarroi est indicible. La personne ne se reconnaît plus et agit sous l'influence d'excès de dopamine.

L'entourage est en état de choc, étonné et impuissant.

Ensuite, la raison en éveil sollicite toutes les connaissances anciennes et nouvelles pour chercher a comprendre, expliquer et, si possible, tenter de normaliser la situation.

Les traitements redonnent espoir à la personne atteinte et à sa famille.

La vulgarisation du livre "Le cerveau en action" de S. Dehaene fournit des pistes pour saisir les fils conducteurs menant à la compréhension de la nature physique de la maladie.




Théona Saint-Laurent, 5 oct 2007